Un collaborateur « dispensable » n'est pas un collaborateur inutile, bien au contraire : il a su partager ses compétences et organiser son travail pour que son absence n'impacte pas l'entreprise.
Attardons-nous sur cet argument : parce qu'il est « indispensable » à l'entreprise, à l'équipe, vous devez l'augmenter. Parce qu'il met l'entreprise et l'équipe sous l'emprise de son rôle dont il est l'unique dépositaire, il faudrait négocier cette récompense.
Et si vous faisiez l'inverse ? Et si vous récompensiez plutôt les collaborateurs qui s'efforcent de ne pas être « indispensables », autrement dit, d'être « dispensables » ?
En d'autres termes, ceux qui se sont organisés pour que leur travail se poursuive même en leur absence (arrêt maladie, démission, congé parental…).
Dispensable vs Indispensable
Un collaborateur qui cherche à se rendre indispensable aura tendance à garder pour lui son expertise, ses connaissances acquises grâce à la veille informationnelle et ses projets de développement. À contrario, un collaborateur dispensable adopte une approche plus ouverte et collaborative, en partageant ses savoirs et en formant ses collègues.
Le collaborateur dispensable adopte une attitude coopérative, tandis que son collègue indispensable peut aller jusqu'à se mettre en compétition avec sa propre équipe. Le travail du « dispensable » s'inscrit en harmonie avec l'ensemble de l'équipe, alors que « l'indispensable » reste prisonnier de son silo.
Posez-vous la question : où se trouve pour vous la valeur d'un collaborateur ? Dans la dispensabilité ou dans l'indispensabilité ? Un collaborateur qui assure la transmission et la durabilité de son poste n'a-t-il pas plus de valeur que celui qui emporte tout avec lui du jour au lendemain ?
Comment passer à l'action
Cette idée contre-intuitive n'est évidemment pas simple à faire comprendre à vos collaborateurs. Il va vous falloir un peu de temps et un peu de process.
Commencez par vous-même. Notez ce sur quoi vous avez l'impression d'être indispensable. Sur un des points que vous identifiez, osez laisser l'entière responsabilité au collaborateur qui vous semble avoir l'appétence et la compétence. Formez si besoin puis itérez.
Avec vos équipes, mettez en place des temps de partage de compétences. La dispensabilité est cruciale sur les notions de métiers parce que ce sont des points en tension dans l'entreprise.
Prenez par exemple une agence digitale dont l'équipe est composée d'un graphiste, d'un développeur et d'un vidéaste. Grâce à une bonne documentation des process et une bonne formation interne, chacun est capable d'aller faire un grand nombre de tâches des deux autres. Formation, transmission, coopération : voilà le triptyque de la dispensabilité.
La dispensabilité, un investissement
Le partage de connaissances ne doit pas être perçu comme une perte, mais plutôt comme un investissement. Transmettre une information à une personne, c'est multiplier la puissance de cette information par deux.
Il est essentiel de se poser la question « Que manquerait-il si untel partait ? », et d'identifier les moyens de pallier son absence. Pour ce faire, il est possible d'intégrer dans les entretiens annuels des critères d'évaluation spécifiques à la « dispensabilité individuelle » de chaque collaborateur.